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Le voyage idéal, Marcel Proust et l'Egypte

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De nouveau aujourd'hui, je pioche au hasard - et avec délice -  dans l'un des vingt et un tomes de la Correspondance de Marcel Proust éditée chez Plon par Philip Kolb. Cet américain natif de Chicago consacra une grande partie de sa vie à la tache titanesque consistant à rassembler et à annoter les lettres de Proust, à retrouver une trace, aussi minuscule soit-elle, de ceux qui y sont nommés... En cinquante années de travail, Philip Kolb publia cinq mille lettres, ce qui représente selon lui à peine plus d'un dixième de l'ensemble de celles qu'écrivit Proust. Le tome XX, l'un des plus difficiles à se procurer. Le 2 février 1908, Marcel Proust écrit à Madame Straus : ' Voulez-vous que nous louions un bateau sur lequel on ne fera aucun bruit et d'où nous verrons défiler sans quitter notre lit ( nos lits) toutes les belles villes de l'univers posées au bord de la mer? ' Il en est ainsi, oui! Que les plus belles villes du monde viennent...

Supériorité de l'historien: Ulrich, le Ph-mètre et Georges Brassens

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Dans la série des phrases qui portent sens, celle-ci, saisie au vol au cours d'un repas, comme un caméléon gobe une mouche: ' Pendant la guerre, on récupérait le plexiglas des cockpits sur les avions tombés '. Une sentence porteuse d'une parcelle irréductible de vérité: il en fut ainsi, et point barre! ' Puisque cela a été, personne ne pourra le nier. Telle est la force du fait avéré, telle est la force – indépassable, même au mathématicien - de l'historien, lui qui dit ce qui s'est passé: il n'a pas besoin de prouver, tout à fait de même qu'un homme n'a pas besoin de démontrer qu'il a été vivant entre l'instant de sa naissance et celui de sa mort - l'évidence de ce qui fut est peut-être l'ultime privilège de notre condition de mortel. Penser à Musil, à ce que Ulrich, son héros, appelle le sens du possible. ' ... et quand on lui dit d'une chose qu'elle est comme elle est, il pense qu'elle ...

Le père du père du père de mon père... et son père à lui...

Ce soir - allez savoir pourquoi - je pense avec émotion à tous les hommes de ma lignée, tous ces humains qui se tiennent au dessus de moi et sans lesquelles je n'existerais pas. Tous ceux que je rencontrerais au fil d'une caméra douée du pouvoir de remonter les âges à partir de moi - les niveaux dans l'arbre. A toutes les époques, il faut qu'il y eût quelqu'un pour porter un peu plus loin la possibilité de ma venue au monde. Une chaîne ininterrompue. Sous le règne d'Hugues Capet, quelqu'un vivait sans lequel je n'aurais jamais été. Et quand le Vésuve s'est réveillé. Et quand le rayonnement de la civilisation inca atteignait son apogée. Et quand sombra l'Invincible Armada. Et le jour où fut gravé dans la pierre le code d'Hammourabi. Toujours et encore quelqu'un quelque part. A chaque instant. Je remonte le cours du fleuve dont je descends, je remonte et ses eaux grossissent, mes ascendants se multiplient selon une loi exponentiel...

La petite lumière jaune. Terrifiante infaillibilité - chez le coiffeur - des lois de l'optique.

Chez le coiffeur, pour me faire ratiboiser la tignasse que, par flemmardise, j'ai laissé croître depuis trois mois. Tête immobile, parfois légèrement inclinée par les doigts experts du professionnel aux ciseaux parfaitement affûtés, je n'ai d'autre choix que de regarder droit devant moi. Le miroir. Et en dessous le lavabo. Qui s'entoure d'une collerette de faïence marron sur laquelle, je remarque rapidement que court une improbable petite lumière jaune. Qui clignote. Sa présence miraculeuse ne peut être le fruit du hasard - car je la vois cette lumière, je la vois de mes propres yeux, et rien ne peut venir démentir l'évidence de sa présence: il y a, sur le lavabo du coiffeur, une petite lumière jaune. Je cherche, je cherche une cause naturelle, l'explication, celle qui fait s'écrier: ' Bon sang mais c'est bien sûr! Tout à fait logique en somme!' Je cherche, je cherche de tout mon coeur en espérant qu'elle ne vienne pas, cette rat...

Un premier bilan. Katherine Mansfield, Tchekhov, admettons.

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Cela fait à peu près quatre mois que j'ai commencé à tenir ce blog, l'heure d'un premier bilan. En quatre mois, le blog cumule 1500 pages vues. Le total est honorable mais non pas satisfaisant. J'avais dans l'idée de fédérer une petite armée de fidèles qui, par la suite, serait à même de m'accompagner dans le lancement du livre d'Elmo: pour l'instant, je n'ai rien fédéré du tout. Il faut être tenace - mais, faute d'éternité, les hommes ne sont jamais tenaces que jusqu'à un certain point... Et les blogs - c'est leur drame - finissent tous, tristement, par un abandon en rase campagne. Je vais essayer de faire durer celui-ci aussi longtemps que possible. Ce qui revient à dire peu de choses. Autant, dès lors, reprendre le travail et vous parlez, comme je l'avais prévu, de Katherine Mansfield et d'Anton Tchekhov. Katherine Mansfield (1888-1923) A la fin de l’année 1922, quelques jours avant la mort de Proust, à ...

S'inspirer de la force et du courage de Joseph Conrad

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Quelque chose m'a toujours prodigieusement estomaqué chez Joseph Conrad. Il a réussi à devenir un écrivain majeur en langue anglaise, alors même que l'anglais n'était pas sa langue natale. C'est à mon sens un cas unique dans l'histoire de la littérature. On peut parler couramment une langue étrangère bien sûr, mais de là à en connaître toutes les subtilités – les plus intimes nuances - au point de pouvoir créer une oeuvre importante dans cette langue...  J'ai un ami qui refuse purement et simplement de lire du Conrad – de même d'ailleurs que tout écrivain de langue étrangère. Postulant un jour, pour les besoins de sa démonstration, que Faulkner, Gogol, Proust et Saint Simon étaient des écrivains de même valeur, il m'expliqua ne pouvoir s'imaginer goûter, dans une traduction des uns, un plaisir aussi intense que celui qu'il prend à la lecture des autres. ' Avec les traductions tu perds trop. L'écrivain est un manieur de mots, un...

Johnny Clegg ( 1953-2019), on the road to Phelamanga: la puissance énergétique de la musique et des mots. Savuka: ils se sont levés.

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Un peu tardivement – car à l'annonce de sa mort survenue à Johannesburg le 16 juillet 2019 j'étais pratiquement sans connexion internet – je veux rendre hommage à Johnny Clegg. Si comme moi vous êtes né dans les années 70, vous savez sûrement ce qu'il peut réprésenter – et la tristesse forcément qui nous aura saisis à l'annonce de cette triste nouvelle. Pour moi, il avait la sagesse de dire et d'accepter la complexité du monde loin de toute simplification; et puis surtout il possédait la force sans laquelle cette sagesse ne porte pas de fruit. Je me souviens du clip de 'Scatterlings of Africa': un blanc et un noir sur un rocher rouge qui danse violemment devant le soleil couchant; ils tentent furieusement de faire passer leur pieds par dessus leur tête. Johnny Clegg c'était cette énergie zouloue. A la fin des années 80, les chansons de Johnny Clegg figuraient au top 50. Comme d'autres chanteurs de rock ou de pop. Pourtant, il était tel...