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Un premier bilan. Katherine Mansfield, Tchekhov, admettons.

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Cela fait à peu près quatre mois que j'ai commencé à tenir ce blog, l'heure d'un premier bilan.
En quatre mois, le blog cumule 1500 pages vues. Le total est honorable mais non pas satisfaisant. J'avais dans l'idée de fédérer une petite armée de fidèles qui, par la suite, serait à même de m'accompagner dans le lancement du livre d'Elmo: pour l'instant, je n'ai rien fédéré du tout.

Il faut être tenace - mais, faute d'éternité, les hommes ne sont jamais tenaces que jusqu'à un certain point... Et les blogs - c'est leur drame - finissent tous, tristement, par un abandon en rase campagne.

Je vais essayer de faire durer celui-ci aussi longtemps que possible. Ce qui revient à dire peu de choses. Autant, dès lors, reprendre le travail et vous parlez, comme je l'avais prévu, de Katherine Mansfield et d'Anton Tchekhov.







A la fin de l’année 1922, quelques jours avant la mort de Proust, à Paris, où elle se trouve elle aussi, Katherine Mansfield é…

S'inspirer de la force et du courage de Joseph Conrad

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Quelque chose m'a toujours prodigieusement estomaqué chez Joseph Conrad. Il a réussi à devenir un écrivain majeur en langue anglaise, alors même que l'anglais n'était pas sa langue natale. C'est à mon sens un cas unique dans l'histoire de la littérature.

On peut parler couramment une langue étrangère bien sûr, mais de là à en connaître toutes les subtilités – les plus intimes nuances - au point de pouvoir créer une oeuvre importante dans cette langue... 

J'ai un ami qui refuse purement et simplement de lire du Conrad – de même d'ailleurs que tout écrivain de langue étrangère. Postulant un jour, pour les besoins de sa démonstration, que Faulkner, Gogol, Proust et Saint Simon étaient des écrivains de même valeur, il m'expliqua ne pouvoir s'imaginer goûter, dans une traduction des uns, un plaisir aussi intense que celui qu'il prend à la lecture des autres. ' Avec les traductions tu perds trop. L'écrivain est un manieur de mots, un bâtisseur qu…

Johnny Clegg ( 1953-2019), on the road to Phelamanga: la puissance énergétique de la musique et des mots. Savuka: ils se sont levés.

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Un peu tardivement – car à l'annonce de sa mort survenue à Johannesburg le 16 juillet 2019 j'étais pratiquement sans connexion internet – je veux rendre hommage à Johnny Clegg.

Si comme moi vous êtes né dans les années 70, vous savez sûrement ce qu'il peut réprésenter – et la tristesse forcément qui nous aura saisis à l'annonce de cette triste nouvelle.

Pour moi, il avait la sagesse de dire et d'accepter la complexité du monde loin de toute simplification; et puis surtout il possédait la force sans laquelle cette sagesse ne porte pas de fruit.
Je me souviens du clip de 'Scatterlings of Africa': un blanc et un noir sur un rocher rouge qui danse violemment devant le soleil couchant; ils tentent furieusement de faire passer leur pieds par dessus leur tête.
Johnny Clegg c'était cette énergie zouloue.



A la fin des années 80, les chansons de Johnny Clegg figuraient au top 50. Comme d'autres chanteurs de rock ou de pop. Pourtant, il était tellement éviden…

Une République qui tient à l'unique fil de son drapeau, Henri presque V

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La chute de Thiers à la fin du mois de mai 1873 devait marquer le début d'une étrange période de l'Histoire de France. L'Assemblée Nationale constituée après l'humiliante défaite de 1870 pour gérer le pays jusqu'au retrait de l'occupant voyait diminuer sa légitimité à mesure que les derniers soldats allemands quittaient le territoire. Elle se trouvait partagée entre l'influence contradictoire des Républicains, des Bonapartistes et des Monarchistes. Mais si les Républicains et les Bonapartistes s'entre-déchiraient, l'entrevue de Frohsdorf, le 5 août 1873, scella l'union des monarchistes, jusque là divisés entre orléanistes et légitimistes, derrière Henri d'Artois comte de Chambord. Le maréchal de Mac-Mahon ayant succédé à Thiers affichait vis à vis des monarchistes une neutralité bienveillante. Le président du Conseil, le duc de Broglie, lui n'avait pas cette réserve et il n'hésitait pas à en appeler en public à l'avènement d…

Le livre d'Elmo Original Soundtrack (1)

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Le livre d'Elmo se lit, mais il s'écoute aussi. Il a donc une bande originale. Formée des musiques emblématiques qui accompagnent les principaux personnages du livre au fil de leurs aventures.


Je vous en propose aujourd'hui deux extraits.

D'abord, ' L'amour qui bat' de Véronique Sanson, une sublime chanson qui intervient dans le livre d'Elmo à travers quatre vers répétés inlassablement:

'Il n'y aura plus de soirée de bal
Dans la maison d'Orgeval
Plus de son de carnaval
Plus rien'


Ces quatre vers, Elmo se les répète comme une litanie propre à susciter le souvenir de ces parfaits mardis soir de son enfance qui se trouvent désormais irrémédiablement enfouis au fond des années 1978, 1979:

Et le film va commencer et le petit Elmo est heureux sur terre. Ce soir, qui viendra le visiter parmi les grandes plaines ? Randolph Scott, Clark Gable, Old Shatterland, Winnetou, Buffalo Bill? Ou bien alors le flamboyant Errol Flynn en insaisissable c…

Bob Morane et Goldorak aux yeux de ma vieille idiotie

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En marchant tout à l'heure dans la rue, me vient aux lèvres, sans prévenir, ce petit bout de 'l'Aventurier':

'… Avec l'ami Bill Balantine Sauvé de justesse des crocodiles'



Dans toutes ces histoires de super-héros, voilà bien ce qui au fond n'est pas tolérable: ce 'de justesse'.

Les super-héros sont systématiquement sauvés de justesse. A force de tant défier les lois de la probabilité, cela en devient vraiment déprimant, comme une insulte persistante à l'intelligence.

Je ne peux éprouver ni tendresse véritable ni sympathie pour ce genre de robots toujours artificiellement sauvés de justesse. Des robots? Pas des hommes en tout cas.


Du coup – du coup, mais allez vraiment savoir pourquoi – je me rappelle une phrase de C. qui m'avait, à l'époque où il l'avait prononcée, extraordinairement troublé.

Nous avions vingt ans, et, la soirée s'imprégnant d'un soupçon de nostalgie, nous en étions arrivés à ce point où défilait devant …

L'ignorance est un moteur puissant

Il ne faut pas connaître trop tôt les grands chefs d'oeuvre –  moi Doctus Monkey, j'en suis intimement persuadé.

Jusqu'à l'âge de 20 ans, je n'avais rien lu ou presque.
Cela me semble a posteriori une chance inouïe.
Pour débuter, pour traverser sans trop d'encombre le temps nécessaire aux premiers pas, il faut être suffisamment naïf, suffisamment aveugle.

Si j'avais, à dix-sept ans déjà, lu et apprécié 'Les frères Karamazov', 'Nostromo', 'Sartoris' et 'La Conscience de Zeno',  comment mes balbutiements littéraires de l'époque auraient pu à mes propres yeux tenir un tant soit peu la route? Or il le fallait. Il le fallait car cette route est longue.

Et si dès le premier jour, tu sais exactement tout ce qui te reste à faire, c'en est fini, fini de tes chances: tu te retrouves les jambes coupées jusqu'au haut des hanches.

Je me souviens d'un camarade à Normale Sup' dont j'enviais la culture ébouriffante: …