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Trump, Conflans et la fumisterie de la modération sur Facebook

 Donald Trump et sa logique effrayante; il est capable de dire le matin ' virez le docteur Fauci' et le soir même d'écrire un tweet indiquant que 'Tony fait un amazing job'. Voilà ce qui en lui me fait le plus peur: son absence totalement assumée de cohérence. Cela ne le dérange pas lui-même de se contredire d'une minute à l'autre. De toute façon, il sait bien que ça passera comme une lettre à la poste – c'est bien là le problème, un type ultra-pragmatique comme lui, et de surcroît dénué de tout principe, a dû à une certaine époque de sa vie tester ce type de comportement, être d'ailleurs peut-être un peu étonné de l'absence de réaction suscitée, mais en tout cas il en a pris bonne note pour la suite. Je suis persuadé que la société tient largement à cause de ce que chacun s'autorise ou ne s'autorise pas, non pas tant devant la société, mais devant lui-même, à cause de ce que j'appellerai une auto-censure reposant sur un code de valeu

La boutique de la guerre de 14 à faire tourner.

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J'ai grandi, au milieu des années 70, dans une campagne française encore durablement marquée par le souvenir de l'hécatombe de 14. Bien sûr qu'à l'époque il restait de nombreux survivants mais quand vous vous déplaciez de village en village, ce qui vous frappait en premier lieu c'était la succession des monuments aux morts: chacun - même le plus petit village - s'était vu attribué sa propre stèle sculptée avec sa colonne interminable de victimes. Dans la grande moisson, personne n'avait été oublié. Un monument aux morts de la guerre de 14 quelque part en France Je sais bien qu'il y eut d'autres guerres affreusement meurtrières, sous tant de latitudes. Mais c'est celle-ci qui m'a le plus fait réfléchir. Peut-être parce que trois de mes grand-oncles y ont perdu la vie. Peut-être parce qu'un de mes arrière grand-pères a fait Verdun. Je me disais: ok ils sont partis la fleur au fusil en croyant ceci, cela... après tout,

Proust et Frankenstein

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Le soir du dimanche 10 novembre 1912, Marcel Proust, qui va de déconvenue en déconvenue avec les éditeurs, écrit à Mme Straus : ' J'ai tellement l'impression qu'une œuvre est quelque chose qui sorti de nous-même, vaut cependant mieux que nous-même, que je trouve tout naturel de me démener pour elle, comme un père pour son enfant .' Marcel Proust n'a pas eu d'enfant, son grand livre fit toute sa progéniture. Je trouve touchante cette modestie qu'on sent chez lui, toujours, devant son œuvre. Marcel Proust au bord du Grand Canal, Venise printems 1900 Les hommes deviennent peu de choses devant leur œuvre dès lors qu'ils réussissent à extirper de leurs entrailles le meilleur de ce qu'ils ont senti - c'est paradoxal, mais le plus grand créateur, une fois son but atteint, se voit immédiatement condamné à rentrer dans l'ombre, à s'effacer devant la créature qui vient de sortir de lui: s'il a bien travaillé, tout de

Les grippes asiatiques, la quantité et la qualité.

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Les grandes épidémies de l'Histoire humaine De tous les côtés, j'entends depuis quelques semaines revenir en boucle cette phrase choc: ' Nous vivons, à cause de cette épidémie du coronavirus, la plus grave crise sanitaire que le monde ait connu depuis cent ans' Or, cette assertion représente manifestement une contre-vérité. En 1957, la grippe de Hong-Kong a fait deux millions de morts, dont au minium 50000 morts en France ( et certainement plutôt 100000) En 1968, la grippe asiatique a fait au minimum un million de morts à travers la planète, dont 30000 en France. Nous nous situons, en ce qui concerne le coronavirus, encore bien loin de ces chiffres. Pourtant cette phrase, indubitablement fausse, tourne sans interruption sur le net, à la télé, à la radio, dans les journaux. Elle constitue même le substrat fondamental, l'ultime justification à toutes les émissions spéciales, les numéros hors-série consacrés au sujet. Pourquoi se répand-ell

Mondialisation et Coronavirus.

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Situation de l'épidémie de Coronavirus, fin février 2020 La pandémie de coronavirus me pousse à m'interroger sur la nature ontologique de cette fameuse mondialisation. A mes yeux, la mondialisation, c'est une sorte de mécanique des fluides généralisée, une mécanique des fluides dont on aurait libéré les chevaux. Pour parler prosaïquement, disons qu'on a ouvert toutes les vannes et qu'on fait en sorte qu'elles le soient le plus largement possible - l'OMC veille au grain. Pour instiller un maximum d'huile dans les rouages de la machine... Partout le maximum de tuyaux, de passerelles, de canaux... Ainsi partout ça bouge, partout ça coule, partout ça va d'un point à un autre, dans tous les sens, et il n'y a pas de limite... Plus de frontière, plus de barrière... Aujourd'hui, il ne s'agit pas pour moi de parler d'écologie et je vous renvoie à mon article précédent sur le global warming pour la façon ( désastr

Il faut absolument avoir un crayon à la main, George Steiner (1929-2020)

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On apprend aujourd'hui la mort de George Steiner à l'âge de 91 ans. George Steiner ( 1929-2020) Je vous le dis: le monde est moins beau sans l'existence de George Steiner. "Laure.Adler: Vous faisiez allusion tout à l’heure au futur incertain de la pratique de la lecture. Pensez-vous qu’un danger pèse sur l’avenir du livre et de la lecture ? George Steiner: Il y aura toujours des lecteurs. Au Moyen Âge, pendant les invasions dites « barbares », il y avait le refuge des monastères, où l’on savait encore lire. Nous ne savons pas combien de moines pouvaient lire, mais en tout cas, il y en avait ; très peu en revanche pouvaient écrire, presque personne.Être lettré, néanmoins, est une condition fragile. Une condition dont la Renaissance, les Lumières et le XIXe siècle sont les hauts moments, les très riches heures. La bibliothèque privée – nous pensons à un Montaigne, à un Érasme ou à un Montesquieu – devient un luxe très rare. L’appartement moderne ne permet

Le ressort intérieur, contre le global warming

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Je viens de terminer 'Anna Karénine'. Dans mon exemplaire de la Pléïade, c'est 'Résurrection' qui lui fait suite. Dont je découvre, comme un électro-choc, les premières lignes dans la traduction d'Edouard Beaux: ' Les quelques centaines de milliers d'êtres humains qui s'étaient rassemblés sur cet espace étroit avaient beau mutiler la terre sur laquelle ils s'entassaient; ils avaient beau écraser ce sol sous des blocs de pierre afin que rien n'y pût germer, arracher toute herbe qui commençait à poindre, enfumer l'air de pétrole et de charbon, tailler les arbres, chasser bêtes et oiseaux, le printemps était toujours le printemps, même dans la ville. Le soleil était chaud. Vivifiée, l'herbe poussait et verdoyait partout où elle n'avait pas été raclée, non seulement sur les pelouses des boulevards, mais encore entre les pavés des rues; les bouleaux, peupliers, merisiers déployaient leurs feuilles parfumées et gluantes, les till