Articles

Affichage des articles associés au libellé Histoire

La boutique de la guerre de 14 à faire tourner.

Image
J'ai grandi, au milieu des années 70, dans une campagne française encore durablement marquée par le souvenir de l'hécatombe de 14. Bien sûr qu'à l'époque il restait de nombreux survivants mais quand vous vous déplaciez de village en village, ce qui vous frappait en premier lieu c'était la succession des monuments aux morts: chacun - même le plus petit village - s'était vu attribué sa propre stèle sculptée avec sa colonne interminable de victimes. Dans la grande moisson, personne n'avait été oublié. Un monument aux morts de la guerre de 14 quelque part en France Je sais bien qu'il y eut d'autres guerres affreusement meurtrières, sous tant de latitudes. Mais c'est celle-ci qui m'a le plus fait réfléchir. Peut-être parce que trois de mes grand-oncles y ont perdu la vie. Peut-être parce qu'un de mes arrière grand-pères a fait Verdun. Je me disais: ok ils sont partis la fleur au fusil en croyant ceci, cela... après tout,...

Le paysan russe, l’ordinateur, le télescope et l’informatique en tant que science fondamentale.

Image
« L'informatique n'est pas plus la science des ordinateurs que l'astronomie n'est celle des télescopes. » Chaque fois que je me le répète, je suis stupéfait par la puissance de cet aphorisme attribué au grand informaticien et mathématicien Edsger Dijkstra (né à Rotterdam le 11 mai 1930 et mort à Nuenen le 6 août 2002): Edsger Dijkstra ( 1930-2002) En général, je commence mon cours d'informatique en insistant particulièrement sur cette phrase. D'abord pour marquer à quel point je compte inscrire mes considérations aussi loin que possible de tout bidouillage bureautico-logicielo-mercantile de type 'heures facturées SSII'. Et surtout pour bien les convaincre  - dans la logique de la phrase de Djikstra - que l'informatique théorique a existé bien avant la fabrication du premier ordinateur. L’informatique fondamentale est une branche particulière des mathématiques discrètes visant particulièrement à l’étude des processus itératif...

Sicile, la mer bleue, la maladie et le voyage.

Image
Souvenir de Sicile. L'après-midi avant le retour. Sur la plage. Devant la mer Méditerranée. Les Grecs sont venus de là-bas. Géométrie parfaite du temple d'Agrigente Ce bleu étal. Etal comme une extension galoisienne. A perte de vue. Les mathématiques arabes sont venues de là-bas. Savants musulmans à la cour palermitaine Du grand empereur  Frédéric II Hohenstaufen, le fauconnier Odeur de volcan étendue sur la mer A l'horizon des pauvres villages siciliens Tout entier en partance pour l'Amérique L'autre sens: New-York, Ellis Island Ce bleu étal. Etal comme une extension galoisienne. A perte de vue. La vie qui va et qui vient La vie qui trouve toujours sa direction Je pense au bonheur. Qu'on ne mesure pas. On ne goûte la pleine saveur des choses. Qu'au bord des gouffres. En rémission. Quand tout va bien, je suis snob. Et je les snobe ces moments. Je snobe les pépites d'or qu'ils recèlent. Je snobe, car je...

Supériorité de l'historien: Ulrich, le Ph-mètre et Georges Brassens

Image
Dans la série des phrases qui portent sens, celle-ci, saisie au vol au cours d'un repas, comme un caméléon gobe une mouche: ' Pendant la guerre, on récupérait le plexiglas des cockpits sur les avions tombés '. Une sentence porteuse d'une parcelle irréductible de vérité: il en fut ainsi, et point barre! ' Puisque cela a été, personne ne pourra le nier. Telle est la force du fait avéré, telle est la force – indépassable, même au mathématicien - de l'historien, lui qui dit ce qui s'est passé: il n'a pas besoin de prouver, tout à fait de même qu'un homme n'a pas besoin de démontrer qu'il a été vivant entre l'instant de sa naissance et celui de sa mort - l'évidence de ce qui fut est peut-être l'ultime privilège de notre condition de mortel. Penser à Musil, à ce que Ulrich, son héros, appelle le sens du possible. ' ... et quand on lui dit d'une chose qu'elle est comme elle est, il pense qu'elle ...

Johnny Clegg ( 1953-2019), on the road to Phelamanga: la puissance énergétique de la musique et des mots. Savuka: ils se sont levés.

Image
Un peu tardivement – car à l'annonce de sa mort survenue à Johannesburg le 16 juillet 2019 j'étais pratiquement sans connexion internet – je veux rendre hommage à Johnny Clegg. Si comme moi vous êtes né dans les années 70, vous savez sûrement ce qu'il peut réprésenter – et la tristesse forcément qui nous aura saisis à l'annonce de cette triste nouvelle. Pour moi, il avait la sagesse de dire et d'accepter la complexité du monde loin de toute simplification; et puis surtout il possédait la force sans laquelle cette sagesse ne porte pas de fruit. Je me souviens du clip de 'Scatterlings of Africa': un blanc et un noir sur un rocher rouge qui danse violemment devant le soleil couchant; ils tentent furieusement de faire passer leur pieds par dessus leur tête. Johnny Clegg c'était cette énergie zouloue. A la fin des années 80, les chansons de Johnny Clegg figuraient au top 50. Comme d'autres chanteurs de rock ou de pop. Pourtant, il était tel...

Une République qui tient à l'unique fil de son drapeau, Henri presque V

Image
Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple (1830) La chute de Thiers à la fin du mois de mai 1873 devait marquer le début d'une étrange période de l'Histoire de France. L'Assemblée Nationale constituée après l'humiliante défaite de 1870 pour gérer le pays jusqu'au retrait de l'occupant voyait diminuer sa légitimité à mesure que les derniers soldats allemands quittaient le territoire. Elle se trouvait partagée entre l'influence contradictoire des Républicains, des Bonapartistes et des Monarchistes. Mais si les Républicains et les Bonapartistes s'entre-déchiraient, l'entrevue de Frohsdorf, le 5 août 1873, scella l'union des monarchistes, jusque là divisés entre orléanistes et légitimistes, derrière Henri d'Artois comte de Chambord. Le maréchal de Mac-Mahon ayant succédé à Thiers affichait vis à vis des monarchistes une neutralité bienveillante. Le président du Conseil, le duc de Broglie, lui n'avait pas cette rése...

Au commencement du livre. Abstraction du processus d'écrire – le grand arbre de tous les livres.

Image
Plaçons-nous au premier jour du livre d'Elmo. Voilà la situation initiale: je veux écrire un livre, comment m'y prendre? Moi Doctus Monkey, je veux aborder le problème à ma façon. Qui consiste à faire jouer les forces de l'abstraction mathématique. Je commence donc par réfléchir aux livres et aux écrivains, à la manière dont je réfléchis en géométrie aux triangles, ou, en algèbre, aux groupes de Lie. C'est à dire que je veux m'abstraire, prendre de la hauteur, voler au dessus de chaque livre, de chaque écrivain. Pour voir ce qu'ils sont réellement. En somme mettre au jour la 'structure' de livre et celle d'écrivain, comme un mathématicien met à jour la structure de groupes ou celle d'anneau commutatif. Ce qui représente réellement une tentative de lévitation. Prenons l'exemple du triangle: à partir de l'observation de quelques spécimens, j'essaie de me hausser au dessus de chacun d'eux, l'effacement des particularités...