Articles

Affichage des articles associés au libellé Musique

Le roi est nu et il fait ce qu'il peut, sur le trapèze d'Alain Bashung et d'Albert Cohen

Image
Plus le temps passe, plus je me sens plein d'indulgence pour toutes les formes de superstition. Comment donc un homme en vient-il à se construire un tel petit système de protection personnelle qu'on nomme d'ordinaire 'superstition'? Pour tenter de répondre ( un peu ) à la question, je pense à toi mon frère qui est moi. Je t'imagine, seul sous la voûte du monde. Tu es là et il faut bien t'y faire. T'organiser d'une manière ou d'une autre. Quand l'homme voit trop bien la menace dans toute son étendue, et toutes ses conséquences, que lui reste-t-il donc? Et Dieu sait s'il y en a, au dessus de notre tête, de telles menaces. Rédhibitoires. Et que rien ne vient contrebalancer. Dans une telle situation, on peut quand même pas rester les bras croisés, sans espoir. La sagesse populaire le clame: on ne sait jamais de quoi demain sera fait. Lourd de sombres sous-entendus, l'Evangile affirme 'Travaillez tant que vous...

Japanese Boy, parce que je viens des années 80. Claqué au sol.

Image
Tout est dans le titre, précisément. Cette chanson parce que voyage avec elle une part indicible de ce que furent les années 80. Leur atmosphère, le rythme, la vitesse avec laquelle s'y déplaçaient les gens. Un temps, une époque. Même ce sourire d'Aneka - tranquille et un peu ridicule - il me semble qu'il appartient aux années 80. J'y ai grandi et j'en suis. Cette chanson parce qu'on trouve en elle, qui repose là-bas, une part de ce que nous avons été. Les années 80. Oui, je viens de là-bas. On est toujours de son temps. Marqué au fer rouge - qu'on le veuille ou non. L'étrange mystère de tout ce qui y demeure encore - et qui nous est devenu puissamment inaccessible. Comment dire à nos enfants? Ma fille et mon fils ont écouté Aneka et ils ont trouvé la chanson bien ridicule - ils disent ' claquée au sol' Passe encore pour 'Japanese Boy'... Ma fille et mon fils ont écouté Blondie et ils n'ont pas été e...

Sicile, la mer bleue, la maladie et le voyage.

Image
Souvenir de Sicile. L'après-midi avant le retour. Sur la plage. Devant la mer Méditerranée. Les Grecs sont venus de là-bas. Géométrie parfaite du temple d'Agrigente Ce bleu étal. Etal comme une extension galoisienne. A perte de vue. Les mathématiques arabes sont venues de là-bas. Savants musulmans à la cour palermitaine Du grand empereur  Frédéric II Hohenstaufen, le fauconnier Odeur de volcan étendue sur la mer A l'horizon des pauvres villages siciliens Tout entier en partance pour l'Amérique L'autre sens: New-York, Ellis Island Ce bleu étal. Etal comme une extension galoisienne. A perte de vue. La vie qui va et qui vient La vie qui trouve toujours sa direction Je pense au bonheur. Qu'on ne mesure pas. On ne goûte la pleine saveur des choses. Qu'au bord des gouffres. En rémission. Quand tout va bien, je suis snob. Et je les snobe ces moments. Je snobe les pépites d'or qu'ils recèlent. Je snobe, car je...

Supériorité de l'historien: Ulrich, le Ph-mètre et Georges Brassens

Image
Dans la série des phrases qui portent sens, celle-ci, saisie au vol au cours d'un repas, comme un caméléon gobe une mouche: ' Pendant la guerre, on récupérait le plexiglas des cockpits sur les avions tombés '. Une sentence porteuse d'une parcelle irréductible de vérité: il en fut ainsi, et point barre! ' Puisque cela a été, personne ne pourra le nier. Telle est la force du fait avéré, telle est la force – indépassable, même au mathématicien - de l'historien, lui qui dit ce qui s'est passé: il n'a pas besoin de prouver, tout à fait de même qu'un homme n'a pas besoin de démontrer qu'il a été vivant entre l'instant de sa naissance et celui de sa mort - l'évidence de ce qui fut est peut-être l'ultime privilège de notre condition de mortel. Penser à Musil, à ce que Ulrich, son héros, appelle le sens du possible. ' ... et quand on lui dit d'une chose qu'elle est comme elle est, il pense qu'elle ...

Johnny Clegg ( 1953-2019), on the road to Phelamanga: la puissance énergétique de la musique et des mots. Savuka: ils se sont levés.

Image
Un peu tardivement – car à l'annonce de sa mort survenue à Johannesburg le 16 juillet 2019 j'étais pratiquement sans connexion internet – je veux rendre hommage à Johnny Clegg. Si comme moi vous êtes né dans les années 70, vous savez sûrement ce qu'il peut réprésenter – et la tristesse forcément qui nous aura saisis à l'annonce de cette triste nouvelle. Pour moi, il avait la sagesse de dire et d'accepter la complexité du monde loin de toute simplification; et puis surtout il possédait la force sans laquelle cette sagesse ne porte pas de fruit. Je me souviens du clip de 'Scatterlings of Africa': un blanc et un noir sur un rocher rouge qui danse violemment devant le soleil couchant; ils tentent furieusement de faire passer leur pieds par dessus leur tête. Johnny Clegg c'était cette énergie zouloue. A la fin des années 80, les chansons de Johnny Clegg figuraient au top 50. Comme d'autres chanteurs de rock ou de pop. Pourtant, il était tel...

Bruce Springsteen, son grand hêtre pourpre, le livre d'Elmo et le 25 juin 1985

Image
Je remercie Franck Antunes  qui se trouve de fait à l'origine de cet article. J'ai découvert, ce matin, la page de Franck à la faveur d'un billet qu'il a publié sur Le Club de La Cause Littéraire  au sujet de sa lecture de 'John Barleycorn' de Jack London (1913). Parcourant son mur, je découvre qu'il est fan de Bruce Springsteen, ce qui nous fait un point commun. Voulant me manifester auprès de lui, autrement que par un simple 'j'aime', j'ai écrit la première chose qui m'est passé par l'esprit, à savoir que je lui recommandais la lecture de 'Born To Run' l'autobiographie du Boss. Ce conseil - assez inutile car Franck a l'air d'être un vrai fan - m'a immédiatement fait repenser au grand hêtre pourpre. Voilà ce que Springsteen en écrit vers la la fin de 'Born To Run', presqu'en guise de conclusion : ' Un soir de novembre, dans la période où j’écrivais ce livre, j’ai pris une fois de plu...