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Le père du père du père de mon père... et son père à lui...

Ce soir - allez savoir pourquoi - je pense avec émotion à tous les hommes de ma lignée, tous ces humains qui se tiennent au dessus de moi et sans lesquelles je n'existerais pas. Tous ceux que je rencontrerais au fil d'une caméra douée du pouvoir de remonter les âges à partir de moi - les niveaux dans l'arbre. A toutes les époques, il faut qu'il y eût quelqu'un pour porter un peu plus loin la possibilité de ma venue au monde. Une chaîne ininterrompue. Sous le règne d'Hugues Capet, quelqu'un vivait sans lequel je n'aurais jamais été. Et quand le Vésuve s'est réveillé. Et quand le rayonnement de la civilisation inca atteignait son apogée. Et quand sombra l'Invincible Armada. Et le jour où fut gravé dans la pierre le code d'Hammourabi. Toujours et encore quelqu'un quelque part. A chaque instant. Je remonte le cours du fleuve dont je descends, je remonte et ses eaux grossissent, mes ascendants se multiplient selon une loi exponentiel...

La petite lumière jaune. Terrifiante infaillibilité - chez le coiffeur - des lois de l'optique.

Chez le coiffeur, pour me faire ratiboiser la tignasse que, par flemmardise, j'ai laissé croître depuis trois mois. Tête immobile, parfois légèrement inclinée par les doigts experts du professionnel aux ciseaux parfaitement affûtés, je n'ai d'autre choix que de regarder droit devant moi. Le miroir. Et en dessous le lavabo. Qui s'entoure d'une collerette de faïence marron sur laquelle, je remarque rapidement que court une improbable petite lumière jaune. Qui clignote. Sa présence miraculeuse ne peut être le fruit du hasard - car je la vois cette lumière, je la vois de mes propres yeux, et rien ne peut venir démentir l'évidence de sa présence: il y a, sur le lavabo du coiffeur, une petite lumière jaune. Je cherche, je cherche une cause naturelle, l'explication, celle qui fait s'écrier: ' Bon sang mais c'est bien sûr! Tout à fait logique en somme!' Je cherche, je cherche de tout mon coeur en espérant qu'elle ne vienne pas, cette rat...

Un premier bilan. Katherine Mansfield, Tchekhov, admettons.

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Cela fait à peu près quatre mois que j'ai commencé à tenir ce blog, l'heure d'un premier bilan. En quatre mois, le blog cumule 1500 pages vues. Le total est honorable mais non pas satisfaisant. J'avais dans l'idée de fédérer une petite armée de fidèles qui, par la suite, serait à même de m'accompagner dans le lancement du livre d'Elmo: pour l'instant, je n'ai rien fédéré du tout. Il faut être tenace - mais, faute d'éternité, les hommes ne sont jamais tenaces que jusqu'à un certain point... Et les blogs - c'est leur drame - finissent tous, tristement, par un abandon en rase campagne. Je vais essayer de faire durer celui-ci aussi longtemps que possible. Ce qui revient à dire peu de choses. Autant, dès lors, reprendre le travail et vous parlez, comme je l'avais prévu, de Katherine Mansfield et d'Anton Tchekhov. Katherine Mansfield (1888-1923) A la fin de l’année 1922, quelques jours avant la mort de Proust, à ...

S'inspirer de la force et du courage de Joseph Conrad

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Quelque chose m'a toujours prodigieusement estomaqué chez Joseph Conrad. Il a réussi à devenir un écrivain majeur en langue anglaise, alors même que l'anglais n'était pas sa langue natale. C'est à mon sens un cas unique dans l'histoire de la littérature. On peut parler couramment une langue étrangère bien sûr, mais de là à en connaître toutes les subtilités – les plus intimes nuances - au point de pouvoir créer une oeuvre importante dans cette langue...  J'ai un ami qui refuse purement et simplement de lire du Conrad – de même d'ailleurs que tout écrivain de langue étrangère. Postulant un jour, pour les besoins de sa démonstration, que Faulkner, Gogol, Proust et Saint Simon étaient des écrivains de même valeur, il m'expliqua ne pouvoir s'imaginer goûter, dans une traduction des uns, un plaisir aussi intense que celui qu'il prend à la lecture des autres. ' Avec les traductions tu perds trop. L'écrivain est un manieur de mots, un...

Johnny Clegg ( 1953-2019), on the road to Phelamanga: la puissance énergétique de la musique et des mots. Savuka: ils se sont levés.

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Un peu tardivement – car à l'annonce de sa mort survenue à Johannesburg le 16 juillet 2019 j'étais pratiquement sans connexion internet – je veux rendre hommage à Johnny Clegg. Si comme moi vous êtes né dans les années 70, vous savez sûrement ce qu'il peut réprésenter – et la tristesse forcément qui nous aura saisis à l'annonce de cette triste nouvelle. Pour moi, il avait la sagesse de dire et d'accepter la complexité du monde loin de toute simplification; et puis surtout il possédait la force sans laquelle cette sagesse ne porte pas de fruit. Je me souviens du clip de 'Scatterlings of Africa': un blanc et un noir sur un rocher rouge qui danse violemment devant le soleil couchant; ils tentent furieusement de faire passer leur pieds par dessus leur tête. Johnny Clegg c'était cette énergie zouloue. A la fin des années 80, les chansons de Johnny Clegg figuraient au top 50. Comme d'autres chanteurs de rock ou de pop. Pourtant, il était tel...

Une République qui tient à l'unique fil de son drapeau, Henri presque V

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Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple (1830) La chute de Thiers à la fin du mois de mai 1873 devait marquer le début d'une étrange période de l'Histoire de France. L'Assemblée Nationale constituée après l'humiliante défaite de 1870 pour gérer le pays jusqu'au retrait de l'occupant voyait diminuer sa légitimité à mesure que les derniers soldats allemands quittaient le territoire. Elle se trouvait partagée entre l'influence contradictoire des Républicains, des Bonapartistes et des Monarchistes. Mais si les Républicains et les Bonapartistes s'entre-déchiraient, l'entrevue de Frohsdorf, le 5 août 1873, scella l'union des monarchistes, jusque là divisés entre orléanistes et légitimistes, derrière Henri d'Artois comte de Chambord. Le maréchal de Mac-Mahon ayant succédé à Thiers affichait vis à vis des monarchistes une neutralité bienveillante. Le président du Conseil, le duc de Broglie, lui n'avait pas cette rése...

Le livre d'Elmo Original Soundtrack (1)

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Le livre d'Elmo se lit, mais il s'écoute aussi. Il a donc une bande originale. Formée des musiques emblématiques qui accompagnent les principaux personnages du livre au fil de leurs aventures. Je vous en propose aujourd'hui deux extraits. D'abord, ' L'amour qui bat' de Véronique Sanson, une sublime chanson qui intervient dans le livre d'Elmo à travers quatre vers répétés inlassablement: ' Il n'y aura plus de soirée de bal Dans la maison d'Orgeval Plus de son de carnaval Plus rien ' Ces quatre vers, Elmo se les répète comme une litanie propre à susciter le souvenir de ces parfaits mardis soir de son enfance qui se trouvent désormais irrémédiablement enfouis au fond des années 1978, 1979: '  Et le film va commencer et le petit Elmo est heureux sur terre. Ce soir, qui viendra le visiter parmi les grandes plaines ? Randolph Scott, Clark Gable, Old Shatterland, Winnetou, Buffalo Bill? Ou bien alors le flamboyant Errol F...